Appréhension du jeu dans le Champ politique

La politique politicienne est un vaste jeu qui se joue dans le champ politique. Ce champ s’apparente à une Arène de Lutte avec Frappe où tous les coups sont importants et sur laquelle sont disposées divers pièges avec enjeu. Ainsi, le public, les Ecuries ou Ecoles de Lutte, les supporters ou fan-clubs qui constituent respectivement les citoyens lambdas, les partis politiques, la société civile, incarnant des courants de pensée ; les organisations syndicales ou patronales, deviennent les combattants du jeu qui ressemble à un cirque. L’arène politique est entre la plume du temps et l’enclume de l’espace. La « partie » devient alléchante et celle des « Renards », des activistes, des sympathisants, entre autres.
L’Arène est représentée sous le regard des observateurs comme un espace-temps, un petit monde, celui des politiciens, fait d’us et de coutumes, de lieux et de temporalités, entièrement détourné de l’intérêt général affiché pendant les campagnes électorales. Assurer le bien public par le jeu des institutions, devait être le but qui allait nous permettre de deviner les ambitions des différents quêteurs de nos voix. De ce fait, tous ces prétendus hommes politiques sont des pions et se veulent des « As de pique » dans le jeu. Cependant, le hasard n’existe dans leur calculs politiciens.
A chaque compartiment systémique se trouve une institution relativement circonscrite, mais tant convoitée. D’abord, autour de toute collectivité territoriale se déploie un champ politique local, un démembrement de l’Arène Nationale, du pouvoir étatique. Ensuite, nous trouvons le jeu politique national, qui correspond au fonctionnement des institutions nationales. Enfin, l’International englobe les rapports entre Etats, modérés par les organisations internationales, voire supranationales, au nom de ce qu’on appelle de nos jours, la Mondiale qui est dangereuse pour nos micro-états. Mais partout, le jeu politique symbolise l’action des joueurs, leurs déplacements sur la scène politique, leurs prises de position, etc. Bien sûr, une certaine autonomie existe entre ces différents niveaux de jeu qui modèlent le comportement de nos politiques. Nul ne l’ignore, les politiques internationales, nationales et locales s’influencent mutuellement. De ce fait, nos hommes politiques doivent être intègres, forts, loyaux, patriotes, bref imbus de valeurs pour ne pas trahir la mission qui leur est assignée ; ils ne doivent nous vendre devant l’autel de leurs intérêts personnels.
Gouverner ou apprendre à ne pas se laisser gouverner, « consiste à déchirer le rideau des apparences, avoir du caractère, une personnalité et un leadership ». Ce jeu politique peut s’analyser en un vaste jeu d’intérêts sociaux fait d’une multitude de petits jeux que nous pouvons appelés élections législatives, locales, présidentielles, délibérations, campagnes, négociations, grèves des syndicalistes, contestations populaires, etc. Observer ce jeu politique oblige à opérer des allées et venues entre tous les jeux sociaux qui se déroulent sur les diverses scènes politiques, en se mettant sur la marge de la scène. Tâche immense et malaisée, si nous sommes dans la sphère politique tant le jeu politique paraît mouvant et dénué de repères. Car, les hommes politiques savent masquer leurs jeux et comment nous manipuler. Parce que, ce jeu si spécial se singularise par deux aspects qui le rendent complexe. D’une part, la représentation des intérêts des citoyens (les représentés) se double d’une concurrence des représentants entre eux pour l’obtention des postes de représentation, concurrence qui devient bientôt le principal « enjeu » du « jeu politique » et finit par le fausser les règles. Nous assisterons, cependant, à des complots derrière le dos des uns, des conspirations à l’absence des autres ; des Coup d’Etat, des forcing pour un mandat supplémentaires, etc.
Du coup, le combat entre adversaires que suppose la concurrence des quêteurs du pouvoir, devient dangereuse, pour les populations en général, et les acteurs en particulier. En politique, les actes sont d’abord et avant tout des discours, des paroles et des écrits, mais souvent, blessants en dénigrant les adversaires, rien que pour les liquider, les éliminer de la scène. Ainsi, ces pratiques déshonorent nos hommes politiques et les rendent despotes. Tout cela fait du jeu politique une comédie fort singulière, une compétition dans laquelle tous les coups sont permis et autorisés, dont les règles restent difficiles à comprendre par le grand public. Fort de cela, la politique demeure du « théâtre dans le théâtre », tandis que la particularité du jeu doit être une activité de groupe qui fait apparaître un écart notable entre les buts communs affichés et les motivations individuelles cachées.
Le jeu politique n’y fait pas exception et fait même figure d’une farce. La politique étant ce qu’elle est, le spectateur en est presque réduit à un simple spectateur à la recherche des points communs entre ses intérêts et celui de ses concitoyens (les représentés) et la conduite des politiciens (les représentants). S’agissant des électeurs, ils vont apparaître comme des arbitres dans les querelles de la classe dirigeante et, trop souvent, à l’instar des comédiens de la farce de Maître Pathelin, d’où s’engendrent, dans la concurrence entre les acteurs politiques qui s’y trouvent engagés, des intérêts purement politiciens, programmes ; analyses, commentaires (des observateurs et journalistes), concepts, événements, entre lesquels les citoyens ordinaires, réduits au statut de « consommateurs », doivent choisir, avec des chances hypothéquées, parce qu’éloignés de la scène du spectacle, celui à qui ils vont confier leur destin.
Par ailleurs, la politique est cet ar de gouverner, d’organiser le fonctionnement de nos cités. En effet, elle est pourtant revêtue d’une immense noblesse. Car, i s’agit d’organiser la vie de la cité, de porter le destin commun de ses concitoyens. Administrant un territoire, la politique doit mettre en œuvre les conditions nécessaires à l’existence et à l’épanouissement de chacun des habitants pour le plan de la sécurité, du travail, du transport, de l’éducation, de l’hygiène, de la santé, de l’alimentation, du sport, de la culture, etc. Concrètement, il convient de trouver des solutions aux problèmes qui se présentent, de prendre les décisions qui s’imposent, pour le bien-être des populations, tout en s’abstenant de la politique politicienne.

De notre temps, le jeu politique n’est pas abstrait, mathématique, comme un jeu d’échecs, c’est un jeu avec des hommes, en chair et en os, qui ont du plaisir, qui souffrent de leur soif de pouvoir, ce qui fait qu’ils sont cruels face à leurs adversaires. Dans ce jeu, tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins politiques. Peser sur le jeu, assurément, ne se limite pas aux manigances, aux mesquineries, aux manipulations des responsables politiques. Le lobbying, le quatrième pouvoir présenté par les journalistes, les médias, le levier populaire, c’est-à-dire les manifestations, les sondages pèsent lourds dans la balance et deviennent non négligeables. Mais c’est évidemment en entrant dans l’arène — comme acteur et non comme commentateur — que l’on participe véritablement au jeu, qu’on jouit du prestige et des prérogatives attachés au pouvoir. C’est là la motivation profonde de la participation au jeu comme protagoniste et non comme spectateur. A l’heure actuelle, nous osons dire que c’est le cas de certains de nos journalistes, activistes, entre autres.

La démocratie représentative, supposant la tenue ponctuelle d’élections, est menacée dans son idéal. Cela engendre le début de la rupture de confiance pousse ses sympathisants, les électeurs conscients à vouloir sanctionner nos politiciens. Au Sénégal, nous tardons toujours à organiser les élections locales et nous ignorons les raisons des lenteurs. En attendant, certains aspirants vont à la pêche aux voix, c’est-à-dire séduire les électeurs.
Cloués au chômage, les jeunes sénégalais se ruent à la politique, en la considérant pour matière première. « Et comme pour tous les joueurs, pour tous les comédiens, arpenter la scène du pouvoir est une raison suffisante pour aller de l’avant, indéfiniment. Le succès même n’entre pas forcément en ligne de compte ». De ce fait, quels que soient les bonheurs ou les revers, le plaisir du jeu est une satisfaction intrinsèque. L’observation met à nu la psychologie des jeunes politiciens, ambition contre ambition, désir contre désir, volupté contre volupté, ils sont la plupart du temps utilisés et jettés, par la suite, parce qu’ils n’ont pas de qualification, sinon ils joueront les rôles secondaires, au nom du clientélisme politique. Au Sénégal, la politique est une guerre d’egos, où le plus habile jouira avant tout de la manipulation et du démontage des marionnettes.

Le mépris de l’élite par le peuple provoquant une crise de confiance, un dégoût de la « cuisine politicienne » activent la tentation extrêmes, encouragent les populismes, conduisent au « dégagisme » que nous observons ces temps-ci. Par exemples : YEM ( Y’en a marre), FDS (Forces Démocratiques du Sénégal/Les Guelwaars), Frapp/France dégage (Front pour une Révolution Anti-impérialiste Populaire et Panafricaine. Le pouvoirisme est à bannir, certes, mais soyons plus responsables dans nos actes et paroles. La morale politique veut que les responsables politiques honorent leur rang et que les citoyens aussi soient responsables. La politique serait une affaire noble.

Attention, alors à cette politique qui peut nous déshonorer. La politique est noble, mais personne ne peut nier que sa pratique dans notre pays est nuisible. Ainsi donc, banissons ce fléau afin de bâtir le Renouveau politique. Car, le Sénégal a besoin d’une jeunesse forte, loyale, intègre, travailleuse, dévouée pour se mettre sur les rails de l’émergence, tant chantée par nos gouvernants. Seul la patrie doit nous animer !

Chroniqueur :
Ibn Bachir NDAO, professeur de Lettres Modernes au Lycée de Vélingara Ferlo

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